L’UE doit agir dès maintenant pour sauver Durban II

UN Watch in the News

Alfred H. Moses
Le Temps
July 1, 2008

Hier lundi s’est ouverte la réunion du comité des Nations unies chargée d’entamer les négociations sur le contenu de la déclaration finale de «Durban II», la conférence de suivi du très controversé sommet mondial contre le racisme de Durban en 2001, qui se tiendra à Genève en avril 2009.

Est-elle condamnée à subir le même sort que Durban I? Non. L’Union européenne (UE) peut encore sauver le processus en agissant, dès maintenant, avec fermeté. Suite à la publication du projet de travail de la conférence de Durban II, les pays démocratiques doivent défendre leurs lignes rouges.

Que s’est-il passé à la conférence de Durban I pour que l’on cherche à tout prix à éviter sa répétition? Bien que cette conférence ait été investie, officiellement, d’une mission universelle, ses sponsors africains ont tenté de la transformer en «temps de la revanche». De plus, de nombreux compromis ont été concédés pour satisfaire le groupe des non-alignés, composé de 118 Etats dominés par les nations islamiques.

L’esclavage a constitué et constitue toujours un des pires maux de notre planète. Cependant, en se préoccupant uniquement du commerce négrier transatlantique des siècles passés et en ignorant le commerce arabe des esclaves ainsi que les autres formes modernes d’esclavage en Afrique et ailleurs, la conférence de 2001 a surtout été préoccupée par des considérations politiques.

De même, alors que la conférence a condamné le colonialisme de l’Europe occidentale des générations passées, aucune mention aux récents crimes coloniaux – qu’il s’agisse du colonialisme russe en Ukraine, en Arménie et dans les Etats baltes, ou encore de la domination de la Chine et sa répression au Tibet – n’a été faite.

Ce n’est pas tout. Le programme de Durban I a été détourné par une campagne anti-israélienne virulente, menée par l’Iran et Yasser Arafat, qui s’est présenté en personne à la conférence.

A l’époque, tout comme aujourd’hui, le processus préparatoire de la conférence a été déterminant. Six mois avant la Conférence de Durban I, au cours du sommet préparatoire régional asiatique qui a eu lieu à Téhéran, les 57 membres de l’Organisation de la Conférence islamique se sont emparés de la rencontre et ont réussi à isoler et diaboliser Israël, en l’accusant de commettre une «épuration ethnique» et «une nouvelle sorte d’apartheid, un crime contre l’humanité» contre les Palestiniens.

A Durban, suite à l’intervention de certains gouvernements, le ton virulent utilisé à l’égard d’Israël dans la déclaration finale de la conférence fut atténué. Néanmoins, dans sa partie consacrée aux «victimes du racisme», la Déclaration a inclus «le sort du peuple palestinien vivant sous l’occupation étrangère», assimilant ainsi Israël à un Etat raciste. Les Etats-Unis ont quitté la conférence.

Mais les pires scénarios anti-israéliens se sont produits pendant le forum organisé en parallèle par les organisations non gouvernementales (ONG). Des caricatures de Juifs rappelant l’époque de Goebbels ont circulé librement. Les militants juifs ont été harcelés. La déclaration finale des ONG a qualifié Israël d’«Etat apartheid raciste» coupable de «génocide». Le texte a été tellement ignoble que Mary Robinson, la haut-commissaire aux Droits de l’homme, a refusé de reconnaître cette déclaration.

Le représentant californien démocrate, Tom Lantos – qui nous a quittés récemment – et membre de la délégation américaine à la conférence, a indiqué qu’«ayant lui-même vécu les horreurs de l’Holocauste, cette conférence a été, pour les Juifs, la plus flagrante et la plus écoeurante manifestation de haine à laquelle il ait assistée depuis la période nazie».

Durban II subira-t-elle le même sort? Certains pensent que c’est inévitable. Le Canada a décidé de ne pas participer. Les Etats-Unis et Israël suivront cet exemple, à moins d’être assurés que la conférence ne servira pas, à nouveau, de tribune antisémite et anti-Israël.

Reste l’UE. Sa position a été très claire lorsqu’elle a résisté aux tentatives de l’Algérie, du Pakistan et d’autres Etats islamiques de modifier le mandat de Durban II pour condamner la «diffamation des religions» – c’est-à-dire la condamnation des formes de liberté d’expression perçues comme incompatibles avec les sensibilités islamiques.

La position de l’UE est cependant apparue beaucoup plus ambiguë lorsqu’elle a dû faire face aux efforts entrepris par certains Etats pour assimiler Israël au racisme.

D’un côté, la France et d’autres Etats européens influents ont déclaré que les attaques à l’encontre d’Israël étaient perçues comme une ligne rouge à ne pas franchir. «La conférence de Durban en 2001 a donné lieu à des débordements intolérables de la part de certains Etats et de nombreuses ONG qui ont fait de cette conférence une tribune contre l’Etat d’Israël», a déclaré le président français Nicolas Sarkozy en février dernier. «La France n’acceptera pas que les dérives et les outrances de 2001 se répètent. Les partenaires européens partagent les inquiétudes de la France.»

La position du président français fut sans équivoque: «Nous saurons nous désengager du processus si nos exigences légitimes ne sont pas prises en compte.» Des avertissements similaires ont été exprimés récemment par Jim Murphy, ministre des Affaires européennes du Royaume-Uni, ainsi que par Maxime Verhagen, ministre de l’Intérieur des Pays-Bas.

D’un autre côté cependant, depuis que les Nations unies ont fait circuler, le 27 mai dernier, une proposition concernant le format et le contenu du document final de Durban II qui, déjà, isole et diabolise Israël, aucun Etat membre de l’UE n’a réagi.

Le «non-paper» répertoriant les sujets qui seront inclus dans la déclaration finale d’avril 2009 confirme que les organisateurs de Durban II menés par la Libye, ont de nouveau l’Etat juif dans leur ligne de mire. Tout d’abord, le projet de texte fait référence au «sort des Palestiniens» dans la section consacrée aux «victimes du racisme», assimilant ainsi Israël à un Etat raciste. De plus, en se basant sur le rapport de l’Iran, le projet fait référence à Israël dans sa section résumant les «manifestations contemporaines de racisme rapportées par les différents pays.»

En d’autres termes, le train à destination de Durban a d’ores et déjà démarré. A moins que l’UE ne fasse pression pour contrer cet acharnement odieux, la conférence risque, à nouveau, de devenir «une tribune contre l’Etat d’Israël», comme l’a indiqué à juste titre le président Sarkozy.

Pourquoi l’UE ne parvient-elle pas à défendre les lignes rouges définies par la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, des lignes rouges qui sont désormais clairement franchies?

Ceux qui souhaitent que la Conférence de suivi de Durban s’attaque efficacement aux nombreux problèmes relatifs à l’intolérance dans le monde ont besoin d’être assurés qu’elle ne reproduira pas la débâcle de Durban I. Nous avons besoin d’être sûrs que l’Iran, la Libye et ses alliés n’écartent pas délibérément les victimes du racisme dans le monde dans le seul but de délégitimer Israël.

Le sort de Durban II est désormais entre les mains de l’UE.

Traduit de l’anglais par Ophelie Namiech, Legacy Heritage Fellow à UN Watch.

Copyright 2008, Le Temps

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