La Chine rejoint un groupe des droits de l’homme de l’ONU, suscitant des protestations

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Ci-dessus : Mr. Jiang Duan, Ministre à la mission de Chine auprès du Conseil des Droits de l’Homme à Genève, jouera un rôle clé dans la sélection des instances onusiennes en charge de la santé, le liberté d’expression, les détentions arbitraires et les disparitions forcées.

 

GENÈVE, le 3 avril 2020 – La Chine a été nommée mercredi pour faire partie d’une instance du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU qui a un rôle décisif dans le choix de ses examinateurs – notamment en ce qui concerne la surveillance en matière de liberté d’expression, santé, disparition forcée et détention arbitraire. Cette décision a suscité des contestations du côté des activistes des droits humains.

“Que le régime chinois, oppressif et cruel soit nommé pour choisir les examinateurs sur des sujets tels que la liberté d’expression, la détention arbitraire et les disparitions forcées, c’est comme faire d’un pyromane le chef des pompiers de la ville”, a déclaré Hillel Neuer, directeur exécutif d’UN Watch, une ONG de défense des droits de l’homme, basée à Genève qui surveille de près le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, et l’un des chefs de file de la défense à l’ONU des victimes des violations des droits humains en Chine.

“C’est incohérent et immoral que l’ONU permette au gouvernement oppressif de la Chine de jouer un rôle clé dans la sélection de responsables qui façonnent les normes internationales des droits de l’homme et signalent les violations dans le monde”, a déclaré Neuer.

La nomination de la Chine au groupe consultatif du CDH, composé de seulement cinq pays, a été annoncée dans une lettre soumise mercredi au CDH par Oman au nom du groupe asiatique, et confirmée par une note sur le site du bureau des droits de l’homme des Nations Unies.

En rejoignant le panel du CDH, la Chine sera en mesure d’influencer la sélection d’au moins 17 titulaires de mandats des Nations Unies pour les droits de l’homme au cours de la prochaine année, connus sous le nom de procédures spéciales. Le rôle des titulaires des mandats est d’examiner, superviser, conseiller et faire des rapports sur des situations de pays spécifiques ou des questions thématiques liées aux droits de l’homme dans le monde entier, telles que la liberté d’expression et de religion.

La Chine participera à l’évaluation des candidats pour les postes importants – en tant que président du processus de sélection pour au moins cinq des mandats – et aidera à décider qui recommander. Dans la plupart des cas, le président du conseil nomme les experts sélectionnés par le panel des 5 nations.

La Chine a été désignée pour cette fonction, alors que le régime de Pékin est connu pour ses violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme envers sa population de 1.3 milliards de personnes.

“Il est insensé que l’ONU autorise la Chine à participer à la nomination des deux prochains membres du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, alors que, conformément à sa politique et ses pratiques, le régime chinois détient arbitrairement des défenseurs des droits de l’homme comme Zhang Baocheng et Wang Binzhang,” a déclaré Neuer.

Et il a ajouté, “de même, alors que le régime a fait disparaître des citoyens pour avoir exprimé leur désaccord, tel que le dirigeant Ren Zhiqiang, qui a qualifié Xi de “clown” par rapport à sa gestion du coronavirus, et a aussi enfermé plus d’un million de Ouïghours musulmans et autres minorités, il est inconcevable que la Chine influence la sélection du prochain membre du Groupe de travail des Nations Unies sur les disparitions forcées ou involontaires”.

Et Neuer demande encore: “Comment la Chine peut-elle être impliquée dans le choix du rapporteur spécial des Nations unies sur la protection de la liberté d’opinion et d’expression, alors que le régime impose systématiquement une censure draconienne et cherche à faire taire les voix dissidentes ?”

“Enfin, alors que le monde souffre de la pandémie mortelle du coronavirus qui s’est propagée comme une traînée de poudre à Wuhan tandis que la Chine faisait taire les médecins, les journalistes et les autres citoyens qui ont tenté de sonner l’alarme, par quelle logique le régime de Pékin peut-il être impliqué dans le choix du rapporteur spécial sur le  droit à la santé? ”

“C’est aberrant, et la nomination de la Chine menace de saper encore plus la crédibilité de la plus haute instance des Nations Unies pour les droits de l’homme – qui compte déjà le Venezuela, le Pakistan, l’Érythrée et le Qatar parmi ses membres élus – et risque de porter ombrage à l’ensemble des Nations Unies.”

“UN Watch appelle le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et la haute commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, à dénoncer la nomination de la Chine et à se rallier aux victimes chinoises.”

Alors que officiellement le délégué de la Chine, M. Jiang Duan, qui détient le rang de ministre dans leur mission à Genève, fera partie du groupe des 5 nations en sa «capacité personnelle», dans la pratique, les représentants des pays, en particulier ceux des régimes autoritaires, suivent les instructions et défendent les intérêts de leurs gouvernements respectifs. Et pour preuve, le Groupe asiatique a intitulé sa lettre aux Nations Unies, “Nomination de la République populaire de Chine en tant que membre du Groupe consultatif”.

“L’ONU décrit souvent les experts des droits de l’homme des Nations Unies comme les  “joyaux de la couronne” de son Conseil des droits de l’homme, mais l’organisme mondial ne fait qu’entacher leur légitimité en choisissant un régime autoritaire qui opprime les défenseurs des droits de l’homme, les dissidents et les minorités pour présider à la nomination des experts”, a déclaré Neuer.