Droits humains: ce qui attend la haut-commissaire

UN Watch in the News

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Stephane Bussard
Le Temps
September 9, 2008

C’était il y a quinze ans à Vienne. Les 171 Etats participant à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme approuvaient une déclaration invitant l’Assemblée générale des Nations unies à créer un poste de haut-commissaire aux droits de l’homme. Navanetham Pillay est la cinquième haut-commissaire après l’Equatorien José Ayala-Lasso, l’Irlandaise Mary Robinson, le Brésilien Sergio Viera de Mello et la Canadienne Louise Arbour. Lundi, la juge sud-africaine de 67 ans s’est adressée pour la première fois au Conseil des droits de l’homme depuis son entrée en fonction au début septembre.

«J’ai grandi comme une citoyenne de seconde classe sans possibilité de recourir à la justice. Au cours de ma vie toutefois, j’ai eu le privilège d’être le témoin d’une transformation complète. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud a l’une des Constitutions les plus solides du monde.» Pour ses débuts à Genève, Navanetham Pillay a tenu à dire aux Etats membres d’où elle venait, dans quelle mesure elle a appris de Nelson Mandela et de la nécessité de tenir compte des expériences et sensibilités différentes pour faire avancer la justice.

Nommée par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, la nouvelle haut-commissaire était présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et plus récemment juge à la Cour pénale internationale avant de s’installer au Palais Wilson. Avocate à l’époque des victimes de l’apartheid, elle relève que la mondialisation a parfois fait des souverainetés nationales des barrières difficiles à franchir pour protéger les droits humains. Face à quelques Etats africains et à certains membres de l’Organisation de la conférence islamique, qui souhaitent si ce n’est mettre sous tutelle du moins cadrer l’activité du Haut-Commissariat, Navanetham Pillay hérite d’un poste difficile qu’aucun de ses prédécesseurs n’a tenu plus de quatre ans.

Les inquiétudes quant à l’indépendance du Palais Wilson sont bien réelles du côté des pays occidentaux. Parlant au nom de l’Union européenne, dont la France assure la présidence tournante, l’ambassadeur français Jean-Baptiste Mattéi a tenu à le rappeler: «L’Union européenne souhaite réaffirmer le soutien qu’elle apporte au haut-commissaire aux droits de l’homme et son attachement à l’intégrité de son mandat. Le Haut-Commissariat doit pouvoir accomplir ses missions en toute indépendance et impartialité.» L’ambassadeur de Suisse, Blaise Godet, qui s’est brièvement entretenu avec son homologue pakistanais, Masood Khan, peu avant son intervention, abonde dans le même sens: «La Suisse poursuivra son engagement en faveur de l’indépendance et du renforcement du Haut-Commissariat.»

Navanetham Pillay fait face à d’autres obstacles. A la tête d’un organisme de près de 1000 employés dans le monde et d’un budget de 150 millions de dollars, elle a la redoutable tâche de gérer la Conférence de suivi contre le racisme (Durban II) qui se déroulera à Genève en avril 2009. En tant que Sud-Africaine de la province du Natal dont la capitale est… Durban, le thème lui tient à cœur. Devant les 47 membres du Conseil des droits de l’homme, elle l’a souligné: «La discrimination raciale et sexuelle, quand elle est institutionnalisée, systématique et dont l’Etat n’est pas étranger, est totalement incompatible avec la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Charte de l’ONU.» Dans cette optique, elle a exhorté tous les Etats à participer à la Conférence d’avril, même ceux qui ont exprimé leur volonté de ne pas le faire.

Cette déclaration a suscité l’ire d’UN Watch. L’ONG ne comprend pas pourquoi Navanetham Pillay fait allusion aux démocraties telles que le Canada, les Etats-Unis et Israël qui ont déjà promis de boycotter le sommet genevois. Pour UN Watch, la haut-commissaire se trompe de cible et devrait plutôt fustiger l’attitude d’Etats comme le Soudan ou l’Iran.

Navanetham Pillay devra aussi se battre, aux côtés du Conseil des droits de l’homme, pour maintenir le mécanisme des rapporteurs spéciaux par pays, un système qui tend à s’éroder dangereusement. Dans le sillage de Louise Arbour, elle promet de maintenir une forte présence de son haut-commissariat sur le terrain. Enfin, toujours «hantée» par ce qu’elle a appris quand elle était juge au TPIR, elle estime prioritaire de combattre et de prévenir le génocide: «Nous devons encore apprendre la leçon de l’Holocauste, car les génocides continuent.»

Copyright 2008, Le Temps
Original URL: http://www.letemps.ch/template/print.asp?article=239366


Human Rights : What faces the High Commissioner

Stephane Bussard
Le Temps, translated into english in Human Rights Tribune
September 9, 2008

Fifteen years ago in Vienna, 171 countries participating in a World human rights conference, approved a declaration calling on the UN General Assembly to create the post of High Commissioner for Human Rights. Nevanetham Pillay 67-year old, of South Africa, is the fifth High Commissioner after José Ayala-Lasso of Ecuador, Mary Robinson of Ireland, Sergio Viera de Mello of Brazil and Louise Arbour of Canada.

“I grew up as a second class citizen without any possible recourse to justice. During my lifetime, I was privileged to witness a complete transformation. Today South Africa has one of the most solid constitutions in the world.” For her Geneva debut, Navanetham Pillay outlined for member states her origins, what she has learned from Nelson Mandela and the need to take into account different experiences and sensibilities in order to advance justice.

Nominated by UN Secretary General Ban Ki-moon, the new High Commissioner was President of the International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR) and more recently, a judge at the International Criminal Court (ICC) before being installed at the Palais Wilson.

An attorney during apartheid, Pillay acknowledges that globalization has at times created barriers among sovereign nations that are difficult to overcome in order to protect human rights. Faced with some African states and members of the Organization of the Islamic Conference (OIC), who consider that, if the Commission is not made answerable to them, its activities should at least be subject to review.

Navanetham Pillay has thus inherited a post more difficult than that of her predecessors over the past four years. Worries about the independence of the Palais Wilson are very real on the part of Western countries. Speaking on behalf of the European Union, for which France holds the current rotating presidency, French Ambassador Jean-Baptiste Mattéi reminds that “the European Union wishes to reaffirm its support for the High Commissioner for Human Rights and her adherence to the integrity of her mandate. The High Commission must be able to accomplish its missions in complete independence and impartiality.”

Swiss Ambassador, Blaise Godet, who spoke briefly with Masood Khan, his counterpart from Pakistan, shortly before addressing (the Council), supported the (EU) view. ‘”Switzerland will pursue its activities to reinforce the independence of the High Commission.”

Navanetham Pillay faces even more obstacles. As the head of an organization of nearly 1,000 employees around the world and a budget of 150 million dollars, she has the unenviable task of administering the follow-up conference on racism (Durban II) which opens in Geneva in April 2009. As a South African from the province of Natal, whose capital is Durban, the theme should be close to her heart.

Addressing the 47 members of the Human Rights Council, she stressed that “racial and sexual discrimination, when it is institutionalized and systematic and when the state is not unaware of it, is totally incompatible with the Universal Declaration of Human Rights and the UN Charter.” She then exhorted all member states to participate in the April conference, even those who have said they will not.

This declaration caused UN Watch to respond angrily. The (Geneva) ONG does not understand why Navanetham Pillay referred to democracies such as Canada, the US and Israel who have already said they will boycott the Geneva meeting. For UN Watch, the High Commissioner chose the wrong target and should instead criticize the attitude of states like Sudan or Iran.

Navanetham Pillay must also fight by the side of the Human Rights Council to preserve the mechanism of country-specific Special Rapporteurs, a system that is threatening to unravel. In the wake of Louise Arbour, Pillay promises that the High Commission will maintain a strong presence on the ground. Finally, still haunted by what she learned as judge for the Rwanda Tribunal, she considers it a priority to fight and prevent genocide. “We must again learn the lesson of the Holocaust because genocide continues.”

 

Copyright 2008, Le Temps (re-published in english in Human Rights Tribune)
Original URL: http://www.humanrights-geneva.info/Human-Rights-What-faces-the-High,3434

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